DOCUMENT - Ses collègues au lycée professionnel Jean-Rostand exercent depuis lundi leur droit de retrait pour obtenir plus de sécurité...
Patricia* est un professeur d'anglais de 30 ans, originaire de Lorient. Le vendredi 13 février, vers 11h30, elle a été violemment frappée, dans sa salle de classe de Terminale du lycée professionnel Jean-Rostand de Mantes-la-Jolie (Yvelines). L'auteur des faits avait le visage caché par un foulard. La jeune femme, enceinte de quatre mois, a reçu deux coups de poing au visage avant de tomber au sol. Alors que l’enquête avance sur la piste d’un agresseur extérieur à l'établissement, 20minutes.fr vous livre le témoignage de Patricia, celui qu’elle a donné aux policiers. Il dévoile les circonstances de l’agression mais aussi le quotidien houleux d’une jeune prof dans un établissement sensible. En voici des extraits marquants. Le récit in extenso est à lire ici. Tous les prénoms (*) ont été modifiés. Fumigène«Le cours d'anglais, le vendredi, de dix heures trente à onze heures trente, est une heure à laquelle je ne me rends jamais sereinement. Tous les vendredis, je monte les escaliers avec Sandra* (...) et elle me souhaite systématiquement "bon courage" avant de me quitter en haut des marches pour se rendre dans sa salle de classe. L'ambiance dans le cours où je me rends, varie d'une semaine sur l'autre en fonction de la présence ou l'absence de certains élèves, toujours les mêmes. (...)Ce vendredi, l'ambiance était déjà électrique dans les couloirs alors que nous montions. Les CPE avaient passé leur récréation à essayer d'éteindre un fumigène que des élèves avaient allumé dans l'établissement. Il y avait de la fumée jusqu'au troisième étage, mais mes collègues et moi montions malgré tout en classe, comme si de rien n'était. (...)«Mes pénibles»Quand je suis entrée dans ma salle et que je me suis installée à mon bureau pour faire l'appel, j'ai constaté que dans ma classe également, l'ambiance n'était pas tout à fait comme d'habitude. Ces dernières semaines, j'avais eu régulièrement des absents parmi "mes pénibles" comme je les appelle (pour exclusions ou renvois temporaires notamment: Abdel*, Medhi*, Kevin* et Vincent*). Les cours étaient plus calmes. Mais ce vendredi, ils étaient bien là, tous les quatre, assis au fond de la classe (...)J'ai donc repris les documents de la veille; documents qui les avaient intéressés car cela ressemblait à un jeu. Malgré cela, il a fallu que je recadre les choses. Abdel s'est très vite fait remarquer. Il était assis au fond de la classe à côté de Medhi, et il insultait à tour de bras ses camarades (« saligauds »). (...) J'ai dû aussi demander à Abu* de changer de place, puisqu'il venait de claquer les oreilles de son copain Amara*, assis juste devant lui. Cela fait, le cours a repris. (...)«En tombant, j'ai vu la table, et j'ai pensé au bébé»J'ai refais un tour dans les rangs. Il était déjà presque onze heures vingt. (...) Je m'occupais d'élèves, quand je me suis retournée pour constater la présence d'un "intrus". En effet, un élève était entré dans ma salle de classe sans même frapper. Cela arrivait assez régulièrement dans l'année, je ne me suis pas inquiétée, il repartirait dés que je lui poserai une question, comme d'habitude... Il faisait environ ma taille, portait un jean, je crois, et une veste sport, type anorak, qu'il avait bien pris soin de fermer. Il avait une sorte de turban avec un motif pied de poule qui lui cachait tout le visage. Je ne voyais que ces yeux. (...)Je me suis avancée vers lui pour demander ce qu'il voulait, mais c'est lui qui m'a questionnée le premier: Patricia? Les élèves se sont tus. Sa voix était jeune, et dans le ton, j'ai eu comme l'impression que quelque chose l'amusait, que ça n'était pas sérieux, comme s'il jouait un rôle. Il semblait se forcer à me fixer comme pour ne pas perdre le fil (...). Je n'ai pas eu peur, je n'ai pas compris, ça ne pouvait pas être sérieux de toute façon, j'ai répondu "oui". Il s'est alors avancé vers moi, et j'ai senti un premier coup de poing sur mon visage, puis un second qui a fait voler mes lunettes et m'a fait perdre l'équilibre. En tombant, j'ai vu la table, et j'ai pensé au bébé. Je l'ai évitée. Ma tête a cogné par terre. J'ai protégé mon ventre, je pensais recevoir d’autres coups. Mais non, c'était fini. Il était parti, enfin, je crois. Je n'ai rien vu.Les élèves s'agitaient autour de moi. Je me suis relevée. J'ai fondu en larmes. Certains élèves sont sortis pour aller chercher de l'aide, d'autres sont restés autour de moi... je me sentais perdue... je ne comprenais pas ce qu'il venait de se passer... j'ai eu l'impression qu'il s'écoulait une éternité avant de voir un adulte dans ma salle... on était vendredi: il n'y avait que trois surveillants pour mille deux cent élèves.»
Aticle de Mathieu Gregoire de "20minutes.fr"