5.4.11

JUGE "QUANTITE NEGLIGEABLE"....IL ABAT SA FAMILLE

Soupçonné d'avoir tué sa femme et la fille de cette dernière avant de se suicider, Jacques Fargeot était convoqué, lundi, en vue de son licenciement.

Depuis deux mois, Jacques Fargeot était miné par ses problèmes d'emploi. - (dr) Lundi 17 h. A cette heure-là, Jacques Fargeot aurait dû rencontrer son patron, Michel Droin, pour l'entretien préalable à son licenciement pour inaptitude au travail. Il ne viendra jamais. Et pour cause.
Quelques heures plus tôt, lundi, vers midi, l'employeur de la compagne de Jacques Fargeot trouve anormal de ne pas avoir de ses nouvelles. Elle n'est pas venue à son travail à Saint-Benoît.

'' Il m'a parlé de pressions pour s'arranger à l'amiable ''

Quand il voit les voitures dans l'enceinte de leur maison de Naintré, il soupçonne quelque chose d'anormal. Il appelle les pompiers qui, une fois dans la maison, découvrent trois corps inertes tués par balle : celui de Jacques Fargeot, de sa compagne Raymonde Pion et de la fille de cette dernière, Virginie, 27 ans, venue passer le week-end avec eux.
Hier, un élément nouveau est venu s'ajouter au dossier en livrant une nouvelle pièce qui vient brosser le portrait d'un homme à bout capable du pire pour mettre un terme à une situation qu'il juge sans issue.

« Lundi, il était convoqué pour son entretien préalable au licenciement. Il devait y aller à 17 h. Il m'avait demandé de l'assister », explique Michel Juteau, conseiller des salariés de l'Union locale CGT de Châtellerault.

« Je l'avais vu une première fois à la fin du mois de février de cette année. Il venait d'apprendre sa radiation de tout versement par la Sécurité sociale. Elle ne lui versait plus ses indemnités ; elle considérait qu'il devait reprendre le travail. Je lui avais dit de contester cette décision pour continuer à les percevoir. Il devait revoir le médecin du travail. Il avait évoqué avec moi ses relations difficiles avec son employeur, la révocation de sa maladie professionnelle, des pressions exercée sur lui lors de la foire de Naintré pour qu'il accepte un arrangement à l'amiable en lui parlant de travaux qu'il aurait fait au noir. »
Chez Batisol, Michel Droin, refuse de confirmer précisément la nature du rendez-vous de lundi. Il avait pourtant déjà évoqué la situation du carreleur dans nos colonnes en laissant entendre qu'il était miné par l'impossibilité de retrouver ce qu'il considérait comme sa vraie place.

« Le rendez-vous de lundi, ça s'inscrit dans une procédure qu'on suivait depuis deux mois. Il y avait d'autres rendez-vous prévus. Je ne souhaite pas entrer dans les détails. Ce n'est pas la peine de remuer la m... Oui, il a pu y avoir un lien, mais le fait marquant, c'est qu'il avait des problèmes de santé, il était arrêté depuis deux ans, il devait reprendre et on cherchait une solution. La Sécu considérait qu'il était apte et qu'il devait reprendre. Je n'ai pas essayé de faire pression sur lui. Allez plutôt voir le médecin de la Sécu... »
Alors qu'il était à six mois de la retraite, l'ancien carreleur n'a visiblement pas supporté la situation qu'on tentait de lui imposer.

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'' Il disait qu'il ne dormait plus ''

Une semaine avant le drame survenu dans le huis clos de la maison de Naintré, Jacques Fargeot, avait de nouveau rencontré le conseiller des salariés de la CGT.
Un rendez-vous fixé huit jours avant l'entretien préalable au licenciement pour le préparer au mieux. « Il m'avait alors montré une lettre du 8 mars lui disant qu'il n'y avait pas de reclassement possible pour lui. Il m'a aussi appris que son employeur avait débloqué une partie seulement de ses congés payés », explique Michel Juteau. « Je l'ai trouvé très dépressif ce jour-là. Il était avec sa femme, je lui ai dit qu'il n'avait pas de soucis à se faire, mais il était en larmes, il disait qu'il ne dormait plus la nuit. »
Lundi, c'est en se rendant chez Batisol pour assister Jacques Fargeot que le conseiller de la CGT apprend qu'il avait tué sa femme et sa fille avant de se donner la mort. « Je suis allé sur place, pour expliquer à un gendarme qu'il devait aller à un entretien, il n'a rien fait. J'ai ensuite adressé un mail lundi soir à l'Inspection du travail. Ils m'ont conseillé de reprendre contact avec les gendarmes. »

Emmanuel Coupaye